Agri datas : les coopératives préparent la collecte

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Les coopératives réfléchissent à des solutions pour valoriser les données digitales agricoles via de nouveaux services aux agriculteurs. Une course de vitesse face aux géants du numérique.

En France, le big data agricole est encore au stade embryonnaire. Un grand nombre de données sont captées sur les exploitations via l’agriculture de précision, les sites internet, les objets connectés (drones, sondes hygrométriques, capteurs de vêlage…). Chaque agriculteur dispose d’une importante base de données, dont il est propriétaire. A l’échelle individuelle, elles sont difficilement exploitables. Mais en les associant, elles permettent une véritable révolution. Avec des prévisions météorologiques, une cartographie précise des types de sol, des données sur les produits phytosanitaires et sur le développement des plantes, l’agriculteur n’a plus besoin de sortir de son bureau pour conduire son tracteur !

La révolution du conseil

L’enjeu pour les coopératives est de pouvoir exploiter ces données. Avec la masse d’informations, la gestion de l’exploitation et la relation entre les conseillers et les agriculteurs va fortement évoluer, tant au point de vue agronomique que commercial. D’ici trois à cinq ans, l’expertise des algorithmes viendra compléter celle des technico-commerciaux. « A l’heure où la vente de produits phytosanitaires diminue, les coopératives cherchent un relais de croissance en développant les services. Pour l’instant, le conseil est fondé sur un territoire. Mais ce modèle pourrait être rapidement dépassé », souligne Capucine Laurent, directrice associée à GreenFlex, un bureau d’études spécialisé en conseil de performance environnementale, énergétique et agricole.

La collecte et le partage sont donc les clés de l’exploitation des données. Mais encore faut-il les collecter, les stocker et les traiter. « Aujourd’hui, les coopératives les plus avancées réfléchissent à leur stratégie. On n’en est pas encore à l’utilisation de ces données. Cela devrait arriver rapidement, dans un ou deux ans », juge Capucine Laurent,

Business du big data agricole

Sera-t-il trop tard ? Pour Anthony Clenet, responsable marketing et innovation chez Smag, un éditeur de logiciel détenu par Invivo, « c’est aux coopératives de maîtriser la collecte. Si on ne se structure pas en France, les données risquent de partir à l’étranger».

En effet, les groupes internationaux ont déjà investi dans la collecte des données. Dès 2012, John Deere a créé My John Deere, un compte où l’agriculteur peut récupérer toutes ses données de son exploitation. 41 000 agriculteurs en sont équipés aux Etats-Unis. En 2013, Monsanto, le spécialiste de l’agro-chimie a acheté un bureau d’études d’analyse prédictive Climate Corp, pour 1 milliard de dollars.  Aujourd’hui, c’est un des trois acteurs leader de l’activité aux Etats-Unis. Enfin, en 2015, Google a investi 15 M$ dans Farmers Business Network, une plateforme d’analyse de données comparatives sur près de 3 millions d’hectares.
En France, Smag, filiale d’Invivo tente de jouer les leaders. Au printemps 2016, l’union de coopératives a investi 50 M€ pour développer des partenariats avec des start-ups et créer un studio « agrodigital ». Le ministère de l’Agriculture souhaite mettre en place un portail de données pour permettre aux agriculteurs de conserver la maîtrise de leurs données et aux acteurs de la filière de faire émerger des solutions innovantes.

Créer de la valeur ajoutée à partir des données

Quel retour aura l’agriculteur s’il livre ses données ? Comment créer de la valeur avec toutes ces informations ? Comment les collecter massivement tout en respectant la vie privée ? Peu à peu, les coopératives s’emparent de ces questions. Leur rôle dans le big data s’exprime sous différentes formes, selon leurs capacités de financement : investissement dans des plateformes de collecte, prise de participation dans des start-ups, sélection d’applications intéressantes pour les agriculteurs… « C’est un marché très clivé entre ceux qui peuvent investir dans l’innovation et les autres », note Capucine Laurent.

Axéréal développe des outils d’aide à la décision, Terrena milite pour les objets connectés, comme le matelas pour les vaches qui permet de connaître le temps de couchage de l’animal et ainsi détecter les chaleurs ou un problème de santé.

Reste à trouver un nouveau modèle économique, basé sur la mutualisation, pour créer de la valeur ajoutée et pouvoir la redistribuer aux propriétaires des données.

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