Un leadership puissant pour inscrire la stratégie dans la durée

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Interview de Pierre-Yves Gagneret, du cabinet de conseil et d’accompagnement de dirigeants Enaxion.

Qu’est-ce que le leadership pour un président de coopérative ?

Le leadership est la capacité à rassembler les différentes forces de l’entreprise pour les mettre en mouvement. Il consiste à donner du sens pour que toutes les parties prenantes forment un ensemble cohérent. Dans le modèle coopératif, la gouvernance repose fortement sur le binôme politique et exécutif : le tandem directeur général / président est déterminant. Le président de coopérative doit non seulement mobiliser dans une même direction son conseil d’administration, mais également les dirigeants et salariés constituant l’instance exécutive. Plus le leadership est performant et puissant, plus la stabilité s’établit. L’enjeu est de taille : inscrire la stratégie dans la durée.

Quelles sont les conditions pour que cela fonctionne au mieux ?

Cela suppose que chacun ait une vision claire de ses responsabilités et prérogatives, mais également un haut niveau de confiance, basée sur un dialogue régulier et constructif, et une juste distance ; là réside toute la subtilité qui permet une véritable communauté de vue. Si ces conditions sont réunies la collaboration est claire. Alors  le tandem peut être très efficace sans que le DG n’assiste de façon systématique aux conseils d’administration, ni que le président n’assiste à tous les comités de direction.

Quels sont justement les indicateurs d’un bon fonctionnement ?

La fluidité dans le processus de décision est le principal indicateur d’un bon équilibre dans le fonctionnement du binôme politique / exécutif. A l’inverse, si cette gouvernance à deux têtes est chaotique, les décisions ne se prennent plus, ou se prennent de façon unilatérale par le président ou le DG ; on assiste alors bien souvent à une instabilité qui peut se traduire par un changement de président, mais plus souvent encore par un fort turn over parmi les cadres dirigeants.

Sur quoi peut-on agir lorsque cela fonctionne mal ?

En cas de défaillance, un travail d’accompagnement peut être nécessaire pour faire émerger une réflexion stratégique fixant le cap, formaliser une charte de gouvernance, ou encore « ajuster » le fonctionnement des instances. Quel que soit le point d’entrée, l’essentiel est de trouver le bon positionnement, le bon alignement entre les acteurs : plus que dans d’autres systèmes, l’efficacité de la gouvernance est très dépendante des hommes et des femmes qui la constituent.

Quelles sont donc les spécificités de la gouvernance coopérative ?

Le modèle coopératif de gouvernance est un des plus démocratique par construction : l’adhérent est à la fois client, fournisseur, actionnaire, et a un pouvoir réel d’influence et de décision. En plus la coopérative est, par ses activités, très ancrée dans son territoire. C’est pourquoi, plus que d’autres aussi, le système coopératif doit se donner les moyens d’être à la hauteur de ses intentions en terme de fonctionnement démocratique. C’est d’ailleurs ce qu’il fait par exemple avec  le parcours Sénèque, qui forme les agriculteurs au rôle d’administrateur par un apprentissage de 30 jours sur 2 ans.

 

Rédaction Watts-New pour Services Coop de France.